Dans le cadre du projet TT-Emploi, deux forums territoriaux de l’emploi ont été organisés à Tanger et Tétouan en 2024. Le but étant d’établir des voies tangibles vers l’emploi pour les femmes et les jeunes dans les deux villes, tout en consolidant le rôle des municipalités dans la gouvernance de l’insertion professionnelle.

L’évaluation des forums d’emploi a révélé une performance globalement positive :

  • Plus de 12 000 jeunes ont participé aux forums (environ 8 000 à Tétouan et 4 000 à Tanger), rencontrant plus de 50 entreprises locales.
  • 328 de jeunes ont bénéficié d’une formation, coaching ou orientation dans le cadre du projet.
  • Le projet a mobilisé 9 institutions publiques, 7 organisations de la société civile, 3 institutions financières et 7 centres de formation.
  • La participation élevée des jeunes femmes est également un marqueur fort du succès de l’approche inclusive du projet. Dans certains cas, elles représentaient plus de 60 % des bénéficiaires directs.
  • Les activités ont été jugées pertinentes dans leur conception et mise en œuvre, évaluées à 4/4.

« Avant ce forum, je ne savais même pas où commencer mes recherches d’emploi. Grâce aux ateliers et au coaching, j’ai osé postuler et aujourd’hui, je suis en stage dans une entreprise de textile à Tétouan »

Khadija, 24 ans, diplômée en gestion des entreprises

L’évaluation a mis en lumière les enseignements clés à tirer pour améliorer les dispositifs futurs :

  1. L’approche territoriale constitue un outil clé

Les forums montrent qu’un ancrage local efficace favorise l’implication de tous les acteurs concernés : collectivités, entreprises, associations ou organismes de formation. Le fait de positionner les communes en tant que co-organisatrices a renforcé leur légitimité dans la gouvernance de l’emploi, bien que cela dépasse leur périmètre institutionnel.

Le portage local joue un rôle crucial dans l’engagement des jeunes. Il est également nécessaire de renforcer le soutien apporté aux communes afin de les accompagner dans leur mission d’intermédiation territoriale.

2. La reconnaissance symbolique favorise l’engagement

Les initiatives de valorisation (attestations de participation, cérémonies et discours officiels) ont été bien accueillies par les femmes et les jeunes. Ces gestes simples ont eu un impact psychologique positif majeur, en particulier sur les jeunes en situation de rupture ou disposant de faibles qualifications

Valoriser les bénéficiaires en public joue un rôle de booster pour leur confiance et leur estime de soi. Intégrer des instants de reconnaissance s’avère donc essentiel le long du parcours d’insertion.

« C’est la première fois de ma vie que je me suis sentie estimée, vraiment reconnue, devant tout le monde… Quand j’ai reçu mon certificat sur scène, avec cette belle cérémonie, je n’en revenais pas. J’étais fière… Ma famille était fière… J’ai senti que j’avais de la valeur » Témoignage d’une jeune femme de Tétouan

3. L’accompagnement post-forum est indispensable

L’une des principales faiblesses du projet réside dans le manque d’un dispositif de suivi proactif structuré après la tenue des forums. De nombreux jeunes se sont retrouvés sans accompagnement adapté après l’événement, ce qui compromet largement la durabilité des impacts positifs du projet.

Mettre en place un dispositif de relance systématique à 3 et 6 mois permettra de maintenir un contact régulier et de s’assurer du bon avancement du projet. De même, identifier les référents de suivi dans chaque commune aidera à assurer un accompagnement de proximité. Créer un mini-guichet emploi géré par une commune ou une association offrira un espace pour orienter, informer et soutenir les personnes en recherche d’activités professionnelles.

4. L’interactivité pendant les sessions reste limitée

Bien que la majorité des sessions a été bien accueillie, certains ateliers ont été jugés trop théoriques, laissant peu de place aux échanges interactifs ou à la mise en pratique. Les jeunes disent avoir de plus en plus besoin de simulations d’entretien, de séances de coaching, de visites d’entreprises ou d’expériences pratiques.

Il est nécessaire de mettre en place des ateliers participatifs, favorisant une implication active. Dans ce sens, l’idée de coaching de groupe, à travers des échanges inspirants, est très engageante et enrichissante. De plus, il serait pertinent d’accentuer la diversité des formats pour offrir aux jeunes un panel d’approches immersives et stimulantes.

5. Les entreprises participantes du secteur privé sont peu diversifiées

La majorité des entreprises participantes provient de secteurs traditionnels (commerce, textile, call centers). Les participants formés dans le domaine des TIC ou à l’entrepreneuriat vert ont déploré l’absence d’acteurs issus de ces domaines innovants et en plein essor.

Pour améliorer la représentativité économique, il est primordial d’élargir la diversité des entreprises invitées. Une attention particulière doit être portée aux secteurs porteurs tels que le numérique, les énergies renouvelables, la logistique et les services. Par ailleurs, le développement d’alliances sectorielles locales permettra de consolider les partenariats et d’encourager une dynamique territoriale positive.

6. La coordination institutionnelle devrait être optimisée

Malgré les efforts déployés par les différentes institutions, certaines ont été tardives ou irrégulières dans leur intégration, d’où la nécessité d’une planification collaborative en amont.

Il est primordial de planifier les engagements des différents acteurs dès la phase de conception pour une structuration optimale du projet. Chaque partenaire pourrait définir clairement ses fonctions, garantissant ainsi une collaboration plus harmonieuse et des résultats plus durables. De ce fait, la création d’une plateforme territoriale dédiée à l’emploi et à l’insertion permettrait d’unir les forces locales autour d’objectifs communs.

7. Les contraintes logistiques ne sont pas couvertes en entier

L’insuffisance des moyens de transport est fréquemment mentionnée comme un frein à la participation, en particulier pour les jeunes provenant des quartiers périphériques ou des zones rurales.

Prévoir la mise en place de navettes ou un système de remboursement des frais de transport peut s’avérer bénéfique. Par ailleurs, l’idéal serait d’organiser des forums de proximité en les délocalisant dans différents quartiers.

« J’ai trouvé l’expérience inspirante, mais j’aurais aimé pouvoir faire un stage après. On a besoin de continuer, pas juste de participer à un événement. » – Omar, 27 ans, technicien en maintenance industrielle

L’évaluation recommande de faire des forums d’emploi un dispositif structuré et régulier, intégré dans les politiques locales. Parmi les recommandations prioritaires formulées, on cite :

  • Créer une cellule municipale de l’emploi avec un budget annuel.
  • Instaurer un suivi individualisé post-forum (tableaux de bord, relances, appui personnalisé).
  • Diversifier les partenaires économiques, notamment vers les secteurs numériques et verts.
  • Renforcer l’engagement des entreprises et l’accompagnement post-recrutement.
  • Mieux accompagner la mobilité des jeunes : aide au transport, partenariats avec les collectivités.

« Nous avons vu des jeunes changer en quelques jours. Le forum, ce n’est pas juste un salon, c’est une opportunité de dignité. » — Coordinateur associatif, Tétouan

Le projet TT-Emploi est désormais un modèle de gouvernance locale inclusive. Cela démontre que des écosystèmes territoriaux efficacement construits peuvent créer des opportunités concrètes pour les jeunes et les femmes tout en renforçant les synergies durables entre les acteurs publics, privés et connexes. 

L’évaluation finale a recommandé, sur la base des résultats du projet, d’étendre le modèle à d’autres villes du Maroc, en s’appuyant sur un réseau national de villes engagées pour l’emploi, en coordination avec les différentes parties prenantes.

Lisez le Rapport de Capitalisation en Français et Arabe

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